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"La diversité de mes champs d’intervention, la Psychanalyse, l’Université, mon engagement au Mouvement Démocrate comme mon mandat d’élu municipal, multiplie la dispersion de mes textes ; elle continuera, mais d’une part, on retrouvera l’essentiel de mes positions et réflexions ici, d’autre part un blog donne toute liberté de parler simplement en son nom, sans les compromis ordinaires qu’exigent aussi bien l’action politique, que la participation à une communauté scientifique. Je m’y risque donc au moins pour un temps." RSS Souscrire via RSS

La Psychiatrie va mal, Sarkozy veut l’achever

L’alerte donnée, il y a cinq ans, par les Etats-généraux de la psychiatrie n’a pas mobilisé nos gouvernants.

Depuis les années soixante jusqu’aux années quatre-vingt, la psychiatrie s’éloignant de l’aliénisme, avait inventé une prise en charge à la fois des maladies mentales et du malaise subjectif, qui faisait modèle. Intégrant les acquis de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle, elle avait réussi à mobiliser des professionnels expérimentés et spécialisés, selon l’idée d’une politique dite de secteur qui permettait d’ouvrir les hôpitaux psychiatriques vers le monde extérieur. A la fois, l’hospitalisation n’était plus vécue comme un simple internement protecteur ou répressif, puisque l’objectif restait la socialisation, et chacun pouvait s’adresser au psychiatre sans menace de stigmatisation.

Certes, le revers de cette politique existait : les lits de psychiatrie étaient fermés plus que de raison, surtout en pédopsychiatrie, sans que les alternatives associatives ne soient vraiment soutenues depuis la crise économique de 1974 et la limitation des crédits ; tout un pan de l’action thérapeutique, coûteuse, était délaissée par le déplacement progressif de plusieurs pathologies, l’autisme en premier, vers le « handicap », dont la prise en charge revenait moins cher et passait sous la responsabilité financière des collectivités territoriales ; les infirmiers psychiatriques, professionnels de très bon niveau, disparaissaient dans le corps général des infirmiers, certes bien formés, mais moins spécialisés dans les pathologies mentales ; les places d’internat en psychiatrie baissaient progressivement jusqu’à ce qui semble l’extinction programmée de la spécialité. Surtout, la finesse de la psychiatrie européenne s’effaçait devant l’impérialisme d’une classification américaine simpliste, a-théorique, qui substituait à la sémiologie clinique des maladies mentales une classification basique centrée sur les troubles et symptômes sans aucun souci de la personne (DSM III puis IV).

Ainsi, concerné géographiquement, je ne peux considérer que comme une atteinte à l’idée même d’une politique de sectorisation qui visait à un maillage de la consultation et du suivi psychiatrique hors les murs de l’hôpital, la décision prise l’année dernière par l’hôpital Théophile-Rousselle de Montesson( 78), de fermer le CMP situé au Vésinet pour le déménager ….dans les locaux de l’hôpital, avec, pour seul maintien d’un ouverture vers la cité, une entrée par une porte dérobée…

Parallèlement, la qualification des psychologues-cliniciens est de plus en plus contestée, comme leur statut obtenu depuis une vingtaine d’années et qui donnait la place nécessaire à la formation continue et à la recherche. Récemment, la création d’une profession de psychothérapeute, pour laquelle le niveau requis risque d’être inférieur à celui des psychologues, à propos de qui pourtant  on évoque une sixième année, voire un doctorat d’exercice,  visait la création d’une profession paramédicale moins autonome et moins onéreuse que la profession de santé qu’assurent les psychologues ; et le projet existe de remplacer les psychologues-cliniciens travaillant en milieu médical par des éducateurs de santé de niveau bac+3.

Les menaces existaient, non seulement que ces dérives ne soient pas corrigées, mais qu’elles s’aggravent. Ce n’est plus une menace, c’est une réalité : Sarkosy annonce une régression qui nous renvoie à la période avant Pinel, qui, en 1800, décida d’ôter leurs chaînes aux fous de l’hôpital de Bicêtre.

Exploitant un accident comme il en arrive rarement, qui a vu un malade échapper à la vigilance de l’hôpital et tuer un passant, il propose des mesures d’enfermement préventif des malades mentaux pouvant présenter un caractère de dangerosité. Le bon sens suffit pour comprendre que l’insensé, comme on disait autrefois, n’obéit pas à la raison commune, et qu’un moment de folie peut affecter chacun (….même un député UMP !) ; la prévention, alors, consisterait à enfermer tous ceux pour lesquels on ne peut exclure un geste désespéré menaçant autrui : on commencerait par tous les dépressifs (les suicides familiaux sont souvent de ce registre), tous les psychotiques (impossible d’exclure radicalement un acte criminel), tous les alcooliques ou même les buveurs occasionnels possesseurs d’un véhicule (les accidents de voiture pour cause d’alcoolisme, avec victimes collatérales, font bien plus de morts que les schizophrènes échappés de l’HP), etc.

Machado de Assis raconte, dans l’Aliéniste, une fable d’actualité : Un maire et un aliéniste décident de protéger la ville et ses citoyens de tout risque de trouble social provoqué par un trouble mental, si bien que petit à petit, toute la population est à l’asile, sauf un petit groupe qu’il faudra enfin interner pour les protéger de la dépression qui les assaille de se retrouver si peu nombreux et si seuls dans une ville devenue ennuyeuse.

Si Nicolas Sarkosy veut vraiment que la psychiatrie publique fasse au mieux son travail, qu’il lui donne d’abord les moyens d’assurer ses missions, la principale étant de soigner et, à défaut, de limiter les effets dé-socialisants de la maladie mentale, la seconde de prévenir les épisodes morbides par la prise en charge hors les murs des patients ne nécessitant pas une hospitalisation. Ce n’est pas en mettant, dans les faits, l’hospitalisation publique sous tutelle du ministère de l’intérieur qu’il y réussira.

J’appelle les premiers visiteurs de ce site à consulter et, s’ils en sont d’accord, à signer la pétition, dite des 39, contre la « nuit sécuritaire« 

www.collectifpsy.fr.nf



Posté le : 21 déc 2008
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Posté dans Politique, Psychopathologie |